« Quand vous verrez l’abomination de la désolation établie dans le lieu saint »

Selon le calendrier traditionnel, l’année liturgique commence et s’achève par l’annonce de la fin du monde [1]. Cette récapitulation annuelle de l’histoire du Salut est à la fois source de louange et d’espérance pour les grâces reçues au milieu des tribulations quotidiennes et la gloire promise à la fin de notre pèlerinage terrestre.

Le destin de l’humanité, comme nos vies respectives, se déploie ainsi sous le regard de Dieu dans l’éternel présent comme le manifeste Notre-Seigneur dans l’évangile du dernier dimanche après la Pentecôte mêlant la destruction prochaine de Jérusalem et la fin du monde, la première étant comme la figure de la seconde [2].

La chute de la ville sainte s’étant réalisée en 70, la fin du monde, et non seulement d’un monde annonçant un chimérique « monde d’après », est tout aussi inéluctable. Certes, à divers moments tragiques de l’histoire, on s’est trompé sur l’imminence de cet instant, « les derniers temps » que vivait déjà saint Paul s’étendant manifestement sur plusieurs millénaires. Il n’en demeure pas moins que notre époque connaît un accomplissement inédit de signes prophétisés par Notre-Seigneur. D’un point de vue positif, Internet a favorisé la proclamation de l’Evangile jusqu’aux confins de la planète. D’un point de vue négatif, les intrusions sacrilèges de la génétique et du marché dans la procréation humaine ne réactualisent-elles pas « l’abomination de la désolation » [3], profanation du sanctuaire qu’est le sein maternel où père et mère participent à la création d’un nouvel homme à l’image de Dieu ? De même, la « loyauté » ecclésiastique à l’égard d’un pouvoir politique manifestement illégitime ne rappelle-t-elle les compromissions du clergé juif avec les Romains dans la Jérusalem du 1er siècle [4] ? Enfin, qui s’arroge le droit d’interdire le culte public, de l’autoriser selon des conditions révocables et contradictoires, de lui substituer le travail dominical sacrilège, celui-là ne préfigurerait-il pas « l’homme d’iniquité » annoncé par saint Paul (2Th. II, 3-4), « l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu » ? Très symboliquement, le Christ-Roi, fêté, selon le calendrier moderne, le dernier dimanche de l’année liturgique, n’a connu cette année aucune célébration publique, tout étant suspendu à la manifestation de l’oracle élyséen deux jours plus tard.

Quoi qu’il en soit de l’Apocalypse, elle doit être vécue, comme la mort inéluctable, dans l’espérance chrétienne : non comme un châtiment, car les pensées de Dieu sont des pensées de paix [5], mais comme le retour du Christ, le moment tant attendu de la rencontre face à face et du renouvellement de toute chose. L’annonce de notre délivrance prochaine est un appel à « sortir enfin du sommeil », à « se dépouiller des oeuvres des ténèbres », à « revêtir les armes de la lumière », à « se revêtir du Seigneur Jésus-Christ » Lui-même [6]. Voilà bien un signe des derniers temps : devant les nouvelles atteintes contre la messe, des fidèles ont relevé la tête et résisté à César car « partout où sera le Corps se rassembleront les aigles » [7]. Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat [8] : le Christ vainc, règne et commande, aujourd’hui, non dans un lointain futur comme voudraient nous le faire croire les douteuses traductions de prêtres du « monde d’après » ; or, depuis le Vendredi-Saint, c’est toujours lorsqu’Il paraît anéanti que Notre-Seigneur remporte ses plus grandes victoires, pour ne les dévoiler qu’au temps opportun.

L’abbé

C’est Vous, le Prince des siècles,
C’est Vous, ô Christ, le Roi des nations,
C’est Vous, des esprits et des cœurs.
Le seul arbitre, nous le confessons.

Une foule criminelle vocifère :
« Du règne du Christ, nous ne voulons pas »,
Mais c’est Vous que nos ovations proclament
Souverain Roi de tous.

O Christ-Prince portant la paix
Soumettez-Vous les esprits rebelles ;
Les égarés loin de Votre amour,
Au bercail unique rassemblez-les.

C’est pour cela qu’à l’arbre sanglant,
Vous êtes suspendu, les bras ouverts,
Et que percé d’un dard cruel,
Vous nous montrez Votre Cœur embrasé.

C’est pour cela que Vous Vous cachez à l’autel,
Sous la figure du pain et du vin,
Versant à Vos fils le salut
Jaillissant d’un Cœur transpercé.

Qu’à Vous les chefs des nations
Apportent public hommage !
Qu’ils Vous honorent, les maîtres et les juges,
Que les lois et les arts Vous manifestent !

Qu’ils brillent par leur soumission, les rois
Et leurs insignes à Vous consacrés,
Et qu’à Votre doux sceptre, notre patrie
Et nos foyers par Vous soient soumis.

O Jésus, gloire soit à Vous,
Qui gouvernez les sceptres du monde,
Ainsi qu’au Père et à l’Esprit de vie,
Dans les siècles éternels.
Ainsi soit-il [9].

[1] Dernier dimanche après la Pentecôte et premier dimanche de l’Avent selon la forme extraordinaire du rit romain

[2] Ibidem

[3] Dernier dimanche après la Pentecôte selon la forme extraordinaire du rit romain, Evangile

[4] Sur ce parallèle, cf. Le Glaive de la Colombe, « Qui voudra sauver sa vie la perdra »

[5] Cf. Dernier dimanche après la Pentecôte selon la forme extraordinaire du rit romain, Introït

[6] Cf. Premier dimanche de l’Avent selon la forme extraordinaire du rit romain, Epître

[7] Cf. Dernier dimanche après la Pentecôte selon la forme extraordinaire du rit romain, Evangile

[8] Acclamations carolingiennes

[9] Hymne des secondes vêpres de la fête du Christ-Roi selon la forme extraordinaire du rit romain (hymne profondément remanié dans la forme « ordinaire »)

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